Cette année, plusieurs étudiant·es d’Arts ont été sélectionné·es pour participer à la Convention Scientifique Étudiante sur la décarbonation de la construction ciment béton, organisée par l’IESF.
7 élèves ingénieurs d’Arts et Métiers ont participé à la Convention Scientifique Étudiante sur la décarbonation de la construction ciment béton
Une aventure scientifique et citoyenne
Réunissant 50 étudiant·es majoritairement issu·es d’écoles d’ingénieurs, cette convention s’est inspirée du modèle des conventions citoyennes : une démarche d’intelligence collective visant à formuler des recommandations solides pour décarboner une filière responsable d’environ 8 % des émissions mondiales de CO₂, au cœur des objectifs de neutralité carbone à l’horizon 2050 dans l’Union Européenne.
Pendant quatre mois, les participant·es ont alterné travaux collectifs, apports scientifiques, débats contradictoires et ateliers immersifs, avant de présenter leur rapport final composé de 46 recommandations lors d’une soirée officielle le 18 février 2026 organisée au Conseil économique, social et environnemental (CESE) à Paris.
L’un d’entre eux, Franck-Arthur Essomba Betsi, étudiant en 3ème année sur le campus Arts et Métiers de Lille, revient sur son expérience.
Un processus intensif et exigeant : quatre sessions pour comprendre, débattre et décider
« La convention s’est déroulée sur quatre mois, à raison d’un week-end de travail par mois. Cette organisation a permis de rassembler des étudiant·es d'horizons très différents, certain·es issu·es d’écoles très spécialisées sur le domaine comme l’ETSP, déjà familiers du secteur béton, d’autres, dont Arts et Métiers, disposant d’approches plus transversales. Cette diversité a rapidement créé une dynamique d’apprentissage mutuel. »
Première étape : Comprendre les enjeux, pour pouvoir proposer ensuite des recommandations pertinentes.
« Les deux premières sessions ont permis de poser les fondations scientifiques du sujet. C’est-à-dire notamment les enjeux climatiques associés au ciment et au béton, le rôle du calcaire et la décarbonation chimique, responsable à elle-seule de 75% des émissions du processus, les innovations déjà existantes autour du béton bas carbone, ou encore les technologies de captage, stockage et utilisation du carbone (CCUS).
Lors de ces deux sessions, nous avons eu la chance de rencontrer des experts, véritables références économiques et scientifiques du secteur, tels qu’Antoine Dewazière, représentant de l’ADEME, Wouter Mester, intervenant de l’OCDE, Aurélien Bosio, représentant de la BPI France, Christophe CASSOU, climatologue et l’un des auteurs principaux du sixième rapport du GIEC, mais également Karen Scrivener, chercheuse en matériaux et l’une des principales références dans le domaine, au point qu’elle est surnommée « Reine du Ciment » ! »
Deuxième étape : Formuler, débattre et rédiger les recommandations concernant l’intégralité de la chaîne de valeur
« Lors de la troisième session, les quatre grands axes de recommandations de notre rapport se sont naturellement dessinés :
- La sobriété : Réduire la construction et limiter l’usage du béton lorsque cela est possible
- L’efficacité : Lorsque le béton est nécessaire, favoriser des options bas carbone, optimiser les dosages et réduire les gaspillages
- Les compensations (CCUS) : Envisager des solutions pour traiter les 20% d’émissions incompressibles
- La sensibilisation et la formation : Sensibiliser le grand-public à des alternatives structurelles (bois, terre cuite), mais aussi former les professionnels du bâtiment
Au-delà des idées, nous avons rédigé les titres des recommandations. Dès lors, un travail de rédaction du corps de chaque recommandation a été effectué entre la troisième et la quatrième session.
La quatrième et dernière session fut entièrement consacrée à la délibération et s’est organisée en deux temps :
Une première partie a permis de passer en revue l’ensemble des recommandations afin de mener un travail correctif lorsque certaines nécessitaient d’être éclaircies ou quand certaines mesures étaient trop controversées.
La seconde partie a donné lieu au vote des étudiant.es mobilisé.es pour chacune des recommandations. Toutes les recommandations ont été adoptées grâce à une méthode de travail basée sur la force de l’intelligence collective. En effet, chaque recommandation a été travaillée tour à tour par différents binômes, permettant de croiser les expertises et d’éviter le travail en silos. »
Une nouvelle vision de la démocratie et du travail collectif
« L’un des apports majeurs de cette convention dépasse largement la thématique du béton. Tout au long de la convention, l’ensemble des participant·es a expérimenté une autre manière de travailler, une forme de démocratie scientifique, où la prise de décision était réellement collective et sans organisation verticale (personne n’était « chef·fe » d’une partie).
Au fil des sessions, nous avons eu l’opportunité de rencontrer des intervenant·es d’exception dont le rayonnement était tel que des auditeur·rices libres assistaient parfois aux présentations, tant les contenus étaient pointus ! »
Franck Arthur, actuellement en mobilité internationale en Allemagne, qui n’a pas hésité à faire le déplacement spécialement pour la soirée de remise du rapport, souligne également la richesse du réseau constitué :
« J'ai rencontré des étudiant·es engagé·es provenant de la France entière et parfois même de l'étranger, qui deviendront, comme moi, les ingénieur·es de demain. Notre objectif à l’issue de cette expérience est de garder le contact, de faire vivre le rapport et continuer à porter ces idées dans les médias et auprès des industriels.»
Quel avenir pour le rapport ?
« Le rapport n’est pas une fin en soi ! Il constitue un point de départ et a pour objectif d’influencer les acteurs publics et privés. Les recommandations ont été diffusées auprès de partenaires institutionnels (ADEME…), d’industriels du secteur (HOLCIM, ECOCEM…), mais aussi d’écoles ou de collectivités.
Au commencement, nous pensions que notre travail porterait essentiellement sur les processus de fabrication du ciment et du béton, mais nous avons rapidement compris que l’enjeu était plus large, et qu’il fallait balayer l’ensemble de la chaîne de valeur. Nous avons essayé d’adopter la méthodologie observée à la lecture de la RE2020 (Réglementation Energétique 2020 pour la construction de logements), qui ne se concentre pas seulement sur un acteur du BTP mais sur l’ensemble des lots concernés pour la construction de logements.
La conférence et la rédaction de ce rapport nous ont assurément ouvert de nouveaux horizons, tant dans l’expérimentation de méthodes de travail basées sur l’intelligence collective que sur la rencontre d’étudiant·es et d’intervenant·es impliqué·es et concerné·es par le sujet. »
Les 7 étudiants Arts et Métiers, dont Franck Arthur Essomba Betsi, ont exprimé leur fierté d’avoir été acteurs d’un exercice démocratique et scientifique, et d’avoir contribué à un travail reconnu par la filière. Bravo à toutes et tous pour cette expérience à la fois citoyenne et professionnalisante !