Rencontre avec Jérôme Cros, professeur invité

Jérôme
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Professeur à l’Université Laval au Québec, Jérôme Cros a été accueilli à Brest comme professeur invité. Spécialiste des systèmes électriques embarqués, il revient sur sa collaboration avec l’IRENav, son parcours et sa vision des collaborations internationales

Arts et Métiers offre un réseau scientifique solide, favorisant des échanges très riches

Quelles ont été les raisons qui vous ont poussé à accepter ce poste de professeur invité à Arts et Métiers ?

Je connais le professeur Jean-Frédéric Charpentier depuis de nombreuses années, nous nous sommes rencontrés en 1995 alors qu’il faisait un postdoctorat à l’Université Laval. Bien que nous soyons restés en contact, nous n’avions encore jamais vraiment collaboré directement en recherche. L’opportunité d’un séjour à l’IRENav m’a permis de découvrir ses activités, centrées sur les applications maritimes, un domaine qui m’était jusque-là assez éloigné puisque je travaillais plutôt sur les véhicules électriques et, plus récemment, sur les systèmes électriques embarqués à bord d’avions. J’y ai vu une belle occasion d’élargir mes connaissances et de développer de nouveaux axes de recherche communs. 

Nos échanges ont démarré autour de l’idée de rapprocher nos expertises : lui avec sa connaissance des systèmes de propulsion électrique pour navires, et moi avec mon expérience sur les véhicules terrestres et aériens. Nous avons identifié des problématiques communes, comme la gestion de l’énergie à bord et l’optimisation des réseaux électriques embarqués, qui se posent à la fois pour les bateaux et pour les avions. L’IRENav et le L2EP de Lille collaborent déjà étroitement, et mon université au Canada entretient des liens réguliers avec des industriels. Cela ouvre la voie à des projets conjoints, notamment sur la simulation en temps réel des systèmes électriques. 

Comment vous sentez-vous après un mois depuis votre arrivée ? 

J’ai été très bien accueilli, autant par les équipes que par la région. C’était ma première expérience à Brest, et j’ai découvert un environnement riche en ressources scientifiques. J’ai pu visiter des installations uniques, comme les bassins d’essai pour la propulsion maritime, et rencontrer des chercheurs avec des approches complémentaires aux miennes. Cette immersion m’a permis de mieux comprendre leurs pratiques et de trouver des parallèles intéressants avec mes propres travaux. 

Selon vous, quel est le principal avantage des collaborations de recherche internationales ? Y a-t-il quelque chose en particulier que vous appréciez dans vos collaborations avec la France ou avec Arts et Métiers ? 

L’atout majeur, ce sont les complémentarités. Au Canada, nous travaillons souvent de manière très appliquée, avec des projets orientés court terme en réponse à des besoins industriels précis. En France, j’ai découvert des structures plus collectives et organisées, avec une vision plus long terme. Ces approches se nourrissent mutuellement : mes collègues français apportent des outils de modélisation et des cadres structurés, tandis que je peux partager mon expérience industrielle et des cas d’application concrets. Arts et Métiers offre en plus un réseau scientifique solide, favorisant des échanges très riches. 

Qu’est-ce qui a éveillé votre intérêt pour la l’ingénierie électrique et les systèmes électriques embarqués ? 

Mon parcours s’est construit progressivement. J’ai commencé par travailler sur la conception de moteurs électriques et de convertisseurs dans les années 1990, jusqu’à développer un moteur de vélo électrique qui a aussi été commercialisé en Europe. Ensuite, je me suis tourné vers des applications de plus grande puissance pour la conception de systèmes de motorisation électrique pour des voitures, des autobus et même les trains. Depuis quelques années, mes recherches portent davantage sur les systèmes hybrides et la gestion énergétique, que ce soit pour des navires ou pour des avions. Ce qui m’a toujours motivé, c’est la capacité de ces technologies à réduire la consommation d’énergie et leur impact environnemental. 

Quand avez-vous décidé de devenir chercheur ? 

Ce choix n’a pas été immédiat. Durant mes études, je n’avais pas forcément l’idée de rester dans le milieu académique. C’est pendant mon doctorat que j’ai découvert la richesse et la variété des problèmes à résoudre. J’ai apprécié de pouvoir toucher à plusieurs domaines ( mécanique, thermique, électronique de puissance) et de travailler sur des projets d’envergure en collaboration avec des chercheurs de différents laboratoires européens. Après un postdoctorat au Québec et une expérience en enseignement en France, j’ai finalement choisi de poursuivre des recherches dans le milieu universitaire, au Canada, attiré par la liberté scientifique, le contact avec les étudiants et la proximité avec des partenaires industriels. 

Quel conseil donneriez-vous aux étudiants intéressés par une carrière dans la recherche ?

Je leur dirais de ne pas avoir peur de sortir de leur spécialité et d’élargir leur champ de compétences. La recherche, c’est avant tout une ouverture permanente : on apprend à intégrer des connaissances venues d’autres disciplines et à collaborer avec des experts aux approches différentes. C’est aussi une voie qui offre beaucoup de liberté et de créativité, bien plus que certains postes en industrie où les missions peuvent être très cadrées. Enfin, les thématiques liées à l’énergie, aux systèmes intelligents ou à l’électrification offrent aujourd’hui de nombreuses perspectives stimulantes. 

Merci à la Fondation Arts et Métiers pour son soutien dans l’accueil de professeurs invités

À propos de Jérôme CROS 

Jérôme Cros est titulaire d’un doctorat en génie électrique de l’Institut National Polytechnique de Toulouse (1992), complété par un postdoctorat à l’Université Laval (1994). Après un passage à l’ESA-IGELEC de Saint-Nazaire, il rejoint en 1995 l’Université Laval (Québec), où il devient professeur titulaire en 2004. Spécialiste des machines électriques, de la conversion et de la gestion de l’énergie, il a développé des recherches appliquées aux transports terrestre, maritime et aéronautique. Ses travaux ont donné lieu à de nombreux brevets, notamment dans le domaine des moteurs électriques pour véhicules. Très actif en encadrement, il a dirigé plusieurs doctorats et postdoctorats internationaux. Ses collaborations s’étendent en Europe et en Amérique du Sud, avec un fort ancrage industriel au Canada. Aujourd’hui, il poursuit ses recherches sur l’électrification des transports et les réseaux électriques intelligents.

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