Rencontre avec Tom Dedeurwaerdere, professeur invité

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En séjour à Chambéry, Tom Dedeurwaerdere, professeur à l’Université catholique de Louvain, revient sur sa collaboration avec les équipes d'Arts et Métiers et sur les enjeux méthodologiques d’une recherche qui cherche à articuler ingénierie, sciences sociales et impact sociétal concret.

Cette complémentarité entre rigueur technique, ancrage territorial et ouverture à la participation citoyenne fait d'Arts et Métiers un partenaire particulièrement stimulant !

Quelles sont les raisons qui vous ont poussée à accepter cette invitation à Arts et Métiers, et comment s’est construite votre collaboration avec Lou Grimal ? 

La collaboration avec Lou Grimal est relativement récente mais s’est construite naturellement. Tout a commencé en 2024, lorsqu’elle organisait une conférence internationale de l’ESS Lab à la Hochschule Darmstadt. À cette occasion, j’ai présenté mes travaux sur la soutenabilité forte et les méthodologies de recherche transdisciplinaire, en particulier celles impliquant des partenariats avec des acteurs non académiques. Nos échanges ont alors révélé de fortes complémentarités entre les approches développées à l’ENSAM Chambéry, notamment autour des low tech, de la transition territoriale et de l’analyse de cycle de vie participative et mes travaux sur les méthodes de recherche transformationnelle. Cette convergence nous a conduits à poursuivre nos discussions, puis à envisager une invitation officielle. Ma venue a permis de croiser des avancées méthodologiques avec des cas d’ingénierie concrets, et du côté de Chambéry, de renforcer la dimension participative déjà présente dans plusieurs projets de recherche. Nous avons ainsi travaillé avec les doctorants et l’équipe du pôle valorisation AMVALOR pour sélectionner et adapter des méthodologies comme ASIRPA en temps réel (Analyse de l'impact sociétal de la Recherche – en cours de projet), et structurer un cadre de recherche combinant rigueur technique et utilité sociétale. 

Quel est votre ressenti après votre séjour passé en France ? 

Le séjour a été très positif. Je connaissais déjà la France au travers de collaborations européennes, mais c’était ma première immersion longue au sein d’un campus Arts et Métiers. J’ai été particulièrement impressionné par les profils en “T” que forme Chambéry : des ingénieurs dotés d’une expertise technique solide, mais ouverts au dialogue avec d’autres disciplines et aux enjeux sociétaux. Cette hybridation est essentielle pour aborder les défis contemporains. J’ai également beaucoup apprécié le fonctionnement du campus : une structure à taille humaine, propice à la spontanéité scientifique, à l’efficacité des échanges et à la construction de relations de travail solides. J’ai vraiment eu le sentiment de faire partie intégrante de l’équipe. 

Selon vous, quels sont les bénéfices d'une collaboration internationale ? Et que diriez-vous de votre expérience avec Arts et Métiers ? 

Les collaborations internationales sont indispensables, surtout dans les domaines émergents comme la recherche transformationnelle. Elles permettent d’atteindre une masse critique, de structurer des réseaux encore jeunes et de confronter des expériences issues de contextes culturels et institutionnels différents. Ce qui distingue Arts et Métiers, et Chambéry en particulier, c’est leur capacité à lier ingénierie et transformation sociétale. J’y ai trouvé des équipes qui expérimentent concrètement des méthodologies participatives dans des projets techniques, ce qui constitue un terrain idéal pour enrichir les approches issues de la Suisse, des pays germanophones ou scandinaves, leaders historiques dans ce domaine. Cette complémentarité entre rigueur technique, ancrage territorial et ouverture à la participation citoyenne fait d'Arts et Métiers un partenaire particulièrement stimulant. 

Qu’est‑ce qui vous a donné envie de vous orienter vers la recherche et vers vos thématiques actuelles ? 

Mon parcours est marqué par une double formation : l’ingénierie des matériaux et la philosophie des sciences. Très tôt, je me suis intéressé aux questions d’éthique technologique et de responsabilité sociale de l’ingénieur, des sujets qui n’étaient pas abordés dans mon cursus technique initial, ce qui m’a poussé vers la philosophie. Un tournant important a été la rédaction d’un rapport pour le gouvernement wallon sur la recherche en soutenabilité. Cette étude m’a révélé l’écart entre la production académique et l’impact réel sur la transformation sociétale. Ce constat a profondément influencé ma trajectoire. Je me suis alors orienté vers l’étude des méthodologies de recherche transformationnelle, en combinant mes expériences de terrain, mes lectures et mes collaborations internationales. C’est ainsi que j’ai progressivement intégré ces enjeux dans mes travaux, en développant un cadre transdisciplinaire articulant sciences sociales et ingénierie. 

Quand avez vous décidé de devenir chercheur ? 

Le choix s’est fait progressivement. J’ai toujours aimé les mathématiques et la physique, mais c’est l’envie de donner du sens à mes compétences qui m’a orienté vers la recherche. Après mon doctorat en philosophie, j’ai eu l’opportunité d’intégrer une équipe interdisciplinaire impliquée dans des projets européens, ce qui a confirmé mon intérêt pour la recherche collaborative et les interactions entre disciplines. Avec le temps, j’ai compris que c’était un espace où je pouvais articuler curiosité, engagement sociétal et réflexion scientifique. 

Quels conseils donneriez-vous à des étudiants intéressés par une carrière dans la recherche ? 

La première chose que je leur dirais, c’est de suivre leur inspiration. La recherche est un chemin exigeant, où les résultats se construisent sur le long terme. Sans passion, sans une vision personnelle, il devient difficile de tenir la distance. Je leur conseille également de cultiver la curiosité, d’oser explorer, tester, se tromper, changer de perspective. La recherche n’est pas seulement un ensemble de compétences techniques : c’est une manière de penser, une rigueur intellectuelle, un apprentissage de l’autonomie et de la collaboration. Enfin, je leur rappelle que la recherche est aussi une aventure humaine. On y découvre à la fois les phénomènes que l’on étudie… et beaucoup de choses sur soi même. 

A propos de Tom DEDEURWAEDERE

Tom Dedeurwaerdere est professeur à l’Université catholique de Louvain (UCLouvain), où il dirige également l’unité de recherche Biodiversity Governance au Centre de philosophie du droit. Il possède une double formation en ingénierie des matériaux et en philosophie des sciences, disciplines qu’il étudie toutes deux à l’UCLouvain, avant d’y obtenir en 1999 un doctorat en philosophie. Après plusieurs années comme chercheur puis post‑doctorant au FNRS, il devient professeur associé en 2003, puis professeur titulaire en 2014 enseignant la philosophie des sciences et l’épistémologie. Spécialiste des méthodologies transdisciplinaires, de la gouvernance environnementale et des biens communs de la connaissance, il a mené de nombreux projets internationaux, notamment un ERC Starting Grant (GENCOMMONS) et plusieurs programmes européens FP7. Tom Dedeurwaerdere a publié plusieurs ouvrages majeurs chez Routledge, MIT Press et Oxford University Press, et a organisé de nombreuses conférences internationales.

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