L’engagement écologique de Camille Pédarriosse, référente DDRS et ingénieure pédagogique sur le campus Arts et Métiers d'Aix-en-Provence ne résulte pas d’un déclic soudain, mais bien d’une sensibilité, progressivement intégrée à son parcours académique et professionnel. Plus qu’un ensemble de gestes individuels, son engagement repose sur la persévérance, la création de projets concrets, le débat collectif et l’inspiration puisée dans les travaux de chercheurs et philosophes, ainsi que dans le travail en réseau et l’intelligence collective.
Rencontre.

D’où vient ton engagement écologique ? Y a-t-il un moment, une rencontre ou un événement qui a été un véritable déclencheur ?
Je ne peux pas parler de moment de déclic ou d’émergence soudaine d’une conscience écologique. J’ai toujours été sensible à ces questions. J’ai aussi fait le choix de les intégrer dans mes études de droit. Je me suis intéressée par exemple au droit à un environnement sain pour les populations qui subissaient les effets des travaux des sociétés d’exploitation minière. Puis lorsque j’ai étudié les sciences de l’éducation, j’ai orienté mon mémoire sur comment amener un individu à développer une conscience écologique qui ne soit pas seulement un ensemble de normes à respecter imposées de l’extérieur.
Cela influence mon quotidien professionnel aujourd’hui. J’ai tendance à orienter mes actions sur ces sujets, car c’est là-dessus que j’arrive à mobiliser mon énergie. C’est plus confortable et apaisant mentalement d’avoir des taches en cohérence avec ses valeurs et sujets d’intérêt.
As-tu rencontré des résistances autour de toi quand tu as commencé à t’engager ?
Je ne rencontre pas vraiment de résistance, mais j’ai souvent droit à des remarques, des blagues, parfois des débats pour me pousser dans mes retranchements, et vérifier si mes arguments et prises de position sont solides.
Ce qui revient souvent, c’est le sentiment de perte de liberté associé aux actions cataloguées « écolo » telles que moins manger de viande, se déplacer moins loin, moins consommer. Tout ça est rapidement relié à de la perte de liberté. J’aime bien essayer de dialoguer sur ce sentiment pour le décortiquer, montrer que réfléchir à ses modes de consommation et les questionner, c’est aussi de désaliéner un petit peu.
C’est finalement ainsi que je peux convaincre les gens de l’importance des problématiques socio-écologiques.
Quels projets DD RS portes-tu actuellement sur le campus ?
Sur le campus, je travaille avec différents enseignants pour créer et animer des cours sur les enjeux socio-environnementaux. Le but est d’amener les étudiants à prendre du recul, à se poser la question sur qu’est-ce qu’engendrent telle ou telle innovation technique, tel ou tel projet de société. J’aimerais que cela amène nos étudiants à penser de façon un peu plus systémique.
Au national, je participe aux réflexions sur l’évolution des syllabi. On organise également des formations pour les enseignants. Ce n’est pas toujours simple de parler de ces changements dans la formation. Il y existe déjà beaucoup de contenus à aborder. Notre établissement souhaite, et c’est normal, former des ingénieurs qui maîtrisent en priorité les compétences techniques nécessaires à leur futur métier. Les programmes de formation sont déjà très denses, ajouter ces sujets dans les cours peut être perçu comme une contrainte supplémentaire et les enseignants ne se sentent pas toujours légitimes pour les aborder.
En parallèle à ma mission d’ingénieure pédagogique, je porte depuis quelques mois le projet « Arts et Métiers - Campus vivant » qui vise la renaturation du campus. Je trouve vraiment passionnant et complexe de prendre comme objet d’étude notre campus et de penser son évolution pour répondre aux enjeux écologiques et de bien-être des usagers.
Depuis janvier 2025, j’ai pu travailler avec des paysagistes et des spécialistes de la gestion intégrée des eaux pluviales. En interne, nous avons organisé des temps de concertation avec les usagers. Cela demande à communiquer régulièrement avec la direction, le service patrimoine, les représentants des personnels,… C’est complet et stimulant.
De quoi avons-nous le plus besoin aujourd’hui pour accélérer la transition écologique ?
De volonté et de compréhension des enjeux.
Les problématiques écologiques sont souvent traitées comme un sujet annexe, comme si nous n’avions pas la capacité de nous projeter sur le long terme. Ce qui est curieux, c’est que quand on parle de se projeter en intégrant la notion de sobriété, la réduction de nos consommations, cela semble très utopique. Pourtant, ce qui est très utopique, c’est de penser qu’une croissance infinie dans un monde aux ressources finies est encore possible. Les limites physiques de notre planète ne sont pas extensibles.
Quels gestes éco-responsables fais-tu au quotidien ?
Je n’ai pas de geste à retenir en particulier, mais j’ai une forme de volonté. Ce n’est pas facile à conserver « la volonté » quand on regarde un peu la situation géopolitique actuelle.
C’est difficile de croire en la philosophie du colibris (chacun fait sa petite part) car il faut prendre en compte les grandes dynamiques qui nous dépassent et qui ne s’orientent pas vers l’action vis-à-vis des enjeux socio-écologiques. Malgré ça, je me dis que construire des projets pour ramener le vivant sur le campus et créer des espaces de débat et de réflexion pour nos étudiants sur pourquoi on fait ce qu’on fait, ce sont quand même de chouettes objectifs au quotidien.
Quelles personnes, mouvements ou lectures t’inspirent dans ton engagement ?
Il y a celles et ceux avec qui je travaille au quotidien sur ces enjeux. Le fait de créer des actions au sein d’un collectif comme celui des référents DDRS ou en local avec les enseignants intéressés par ces enjeux alimente ma motivation.
Sinon, j’aime écouter ce que racontent des chercheurs comme Olivier Hamant qui développe la notion de robustesse, Edgar Morin qui développe l’idée de complexité. J’aime beaucoup la pensée de la philosophe Corinne Pelluchon et son livre « Les Lumières à l’âge du vivant ». Il y a tant de choses à lire dans tous les domaines.
Je pense que le fait de se sentir parfois inutile et impuissant face à tous ces enjeux qui nous dépassent doit nous amener à créer des liens avec un maximum de personnes qui traitent de ces sujets sous différents angles. On ne peut pas être à la fois experts du climat, de la biodiversité, de l’ingénierie, du droit, des nouveaux modèles économiques. Je trouve constructif de ne pas s’enfermer sur son expertise et d’aller chercher les ressources dont on a besoin autour de soi.
Pour en savoir plus : Projet « Arts et Métiers - Campus vivant »